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Des (Wisi)Goths dans l’Histoire des Francs de Grégoire de Tours ?

Dix Livres d’Histoire est un ouvrage immensément célèbre. Grégoire de Tours (539-594) le rédigea lorsqu’il fut évêque de Tours. Ce recueil entend raconter une histoire universelle du Monde et de l’Eglise depuis la Genèse jusqu’à 572. Cinq de ces livres ainsi que le Livre des Miracles (traitant de saints mérovingiens) traitent de l’époque contemporaine de Grégoire. Il s’agit donc là d’un des rares ouvrages ayant attrait au début du Moyen-Age et rédigés à cette époque. Ainsi, ultérieurement, l’oeuvre a été rebaptisée  Histoire des Francs (Historia Francorum), Geste des Francs (Gesta Francorum) ou plus simplement Chroniques(Chronicae).

Cette oeuvre a survécu à travers plusieurs manuscrits du Moyen Âge, dans des versions plus ou moins altérées par rapport à l’original. Sa première impression a été réalisée à Paris en 1561.

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Grégoire de Tours, L'Histoire des Francs, (Ed. Gallimard "l'Aube des peuples", 1990)

Grégoire de Tours, L’Histoire des Francs, (Ed. Gallimard « l’Aube des peuples », 1990)

Ici, nous avons relevé quelques extraits issus de la traduction de J.J.E. ROY concernant les Goths et les Wisigoths :

CHAPITRE PREMIER :

« Euric, roi des Goths, avait confié le gouvernement de sept villes [Narbonne, Toulouse, Béziers, Agde, Nîmes, Maguelonne et Lodève] à Victorius […] »

« Vers ces temps, Evaric, roi des Goths, franchit les frontières de l’Espagne et vint exercer une cruelle persécution sur les chrétiens des Gaules. »

« Clovis, accompagné de Regnachaire, son parent qui possédait aussi un royaume, marcha contre Syagrius et lui présenta le combat. Celui-ci l’accepte à l’instant et ne craint pas de se mesurer à lui. La bataille s’engage (486), mais bientôt Syagrius, voyant son armée taillée en pièces, prend la fuite et se retire en toute hâte auprès du roi Alaric, à Toulouse. Clovis envoya aussitôt demander à Alaric qu’il lui livrât le fugitif, sinon qu’il allait lui déclarer la guerre. Alaric, effrayé de ces menaces, car les Goths sont sujets à la crainte, remit Syagrius enchaîné entre les mains des députés de Clovis. »

« Alaric, roi des Goths, voyant Clovis soumettre tant de nations, lui envoya des députés chargés de lui porter ce message : « si mon frère le trouve, je désirerais avec la grâce de Dieu, avoir une entrevue avec lui. » Clovis y consentit et vint à la rencontre d’Alaric […] Ils s’entretinrent assez longtemps, et, après avoir bu et mangé ensemble, ils se séparèrent en se promettant une amitié réciproque. »

« Vers ces temps, Clovis dit à ses fidèles (à ses leudes) : « Je souffre avec impatience de voir les Ariens occuper une partie des Gaules. Marchons contre eux, et avec l’aide de Dieu, nous soumettrons leur pays. » Tous approuvèrent cette pensée, et l’armée se mit en route pour le Poitou, où Alaric faisait alors sa résidence. »

Portrait d'Alaric, Album Louis-Philippe, Versailles, Château de Versailles et de Trianon

Portrait d’Alaric, Album Louis-Philippe, Versailles, Château de Versailles et de Trianon

« Clovis rencontra Alaric, le roi des Goths, dans la plaine de Vouglé, à dix milles de Poitiers. Après quelques instants de résistance, les Goths tournèrent le dos, selon leur coutume, et Dieu accorda la victoire à Clovis. »

« Après avoir mis en fuite les Goths, Clovis venait de tuer leur roi Alaric lorsque deux ennemis s’élançant tout à coup contre lui, de chaque côté, lui portèrent un coup de lance dans les flancs. »

« Après la bataille, Amalaric, fils d’Alaric, se sauva en Espagne, où il occupa avec habileté le trône de son père. »

« Clovis passa l’hiver à Bordeaux, et après avoir enlevé de Toulouse tous les trésors d’Alaric il se rendit à Angoulême. […] Les Goths furent donc chassés d’Angoulême, et le roi s’empara de cette ville. »

***

CHAPITRE II : 

« Childebert s’empressa de quitter Clermont et de se rendre en Espagne où l’appelaient les intérêts de sa soeur Clotilde. Cette princesse était exposée aux mauvais traitements de son mari, Amalaric, à cause de son attachement  à la foi catholique. Souvent, quand elle se rendait à l’église catholique, elle était, par ordre de son mari, insultée par le peuple, couverte de boue et d’ordures. Se portant aux dernières extrémités, il la frappa au point de faire couler sons sang, dont son voile fut tout trempé. Elle envoya à son frère Childebert cette preuve de la brutalité et de la cruauté de son époux ; c’est ce qui le décida à se rendre en Espagne avec une armée. A cette nouvelle, Amalaric se disposa à prendre la fuite sur ses vaisseaux. […] Voyant qu’il ne pouvait échapper, il se sauva dans l’église catholique ; mais, avant d’avoir pu atteindre le seuil, il fut frappé d’un coup de lance par un soldat et expira sur-le-champ. »

« Cette guerre terminée [une guerre civile], Childebert et Clotaire attaquèrent l’Espagne, et vinrent avec leur armée mettre le siège devant Sarragosse. […] Les assiégeants, effrayés, s’éloignèrent de la ville, et, après avoir fait la conquête d’une grande partie de l’Espagne, ils rentrèrent dans les Gaules chargés de butin. »

***

CHAPITRE III : 

« Sigebert, voyant ses frères contracter des mariages indignes d’eux, et s’avilir même jusqu’à épouser des filles du peuple, ou des esclaves, résolut de ne point les imiter. Il envoya en Espagne une députation chargée de riches présent, pour demander Brunehaut, fille d’Athanagilde, roi des Visigoths. C’était une jeune fille élégante dans ses manières, belle de visage, honnête et décente dans ses moeurs, douée de prudence dans les conseils, et agréable dans la conversation. Son père ne la refusa point ; il l’envoya au roi Sigebert avec des trésors considérables. […] Elle était alors soumise à la loi des ariens ; mais, par la prédication des prêtres et les exhortations du roi lui-même, elle s’est convertie et elle persévère jusqu’à ce jour dans la foi catholique du Christ.

Le roi Chilpéric, apprenant le mariage de Sigebert, eut honte de ne s’être associé, comme ses autres frères, qu’à des femmes de rang inférieur. Quoiqu’il eut déjà plusieurs femmes, il fit demander Galswinthe, soeur aînée de Brunehaut, promettant par ses députés qu’il laisserait toutes les autres dès qu’il aurait obtenu une compagne fille de roi et digne de lui. Athanagilde, ayant reçu ces promesses, lui envoya en effet sa fille avec de grandes richesses, comme il avait envoyé l’autre. »

***

CHAPITRE V :

« Des ambassadeurs vinrent de nouveau d’Espagne, avec des présents, demander à Chilpéric, suivant la convention qui avait été faite auparavant, d’accorder en mariage sa fille Rigonthe à Reccared, fils du roi Léovigilde. Chilpéric donna son consentement, et, après avoir réglé les conventions relatives à ce mariage, les ambassadeurs partirent. »

« En ces temps-là, Léovigilde, roi d’Espagne (des Visigoths), envoya à Chilpéric un ambassadeur nommé Oppila, avec des présents. Il craignait que Childebert II ne fit marcher une armée contre lui, pour venger l’injure faite à sa soeur Ingonde, dont le mari Herménégilde, fils de Léovigilde, avait été arrêté par son père, et qui était elle-même restée au pouvoir des Grecs qui se trouvaient alors en Espagne. (Ingonde, fille de Sigebert et de Brunehaut, avait été mariée à Herménégilde, fils aîné du roi des Visigoths ; ce prince, comme le reste de la nation, était arien. Ingonde parvint à convertir son mari à la foi catholique. Léovigilde, irrité, poursuivit son fils et voulut faire passer sa succession sur la tête de Reccared, son autre fils. »

***

CHAPITRE VII :

« Cependant, Gontran faisait marcher son armée contre l’Espagne. Il voulait, comme nous l’avons dit, soumettre la Septimanie : « Car il était honteux, disait-il, que ces horribles Goths étendissent leur domination jusque dans les Gaules.

L’armée était divisée en trois corps. Le premier, composé de soldats levés dans les pays de la Saône, du Rhône, de la Seine et de la Bourgogne, parvint jusqu’à Nîme, après avoir marqué sa route par d’horribles dévastations, faites dans leur propre pays. […] Le second corps, formé des troupes du Berry, de Saintes, de Périgueux, d’Angoulême et d’autres villes soumises à Gontran, s’avança jusqu’à Carcassonne, en ravageant de même tout le pays qu’il parcourait. Mais s’étant approché de la ville, les habitants ouvrirent les portes, sans faire aucune résistance. […]Un troisième corps d’armée, tiré de l’Auvergne et commandé par le duc Nicet, assiégeait aussi des villes, mais sans succès. »

« Les ambassadeurs d’Espagne se succédaient presque sans interruption auprès de Gontran. Mais ce prince, bien loin de renoncer à la guerre, la reprit avec une nouvelle ardeur. Il envoya  contre les Goths le duc Didier, dont il avait eu à se plaindre quelques temps auparavant, mais auquel il avait fait grâce. Le duc leva des troupes dans le territoire de Toulouse, et, prenant avec lui le comte Austrovald, il marcha contre Carcassonne. Les habitants de cette ville, qui avaient eu connaissance de ces mouvements, s’étaient préparés à faire une vigoureuse défense. Les Goths allèrent au-devant de lui ; il les combattit et les mit en fuite »

« Sur ces entrefites, Léovigilde mourut, après avoir renoncé publiquement à l’arianisme et avoir confessé la foi catholique. Son fils Reccared lui succéda. »

***

CHAPITRE VIII :

« En ces temps-là, le roi Reccared, touché de la grâce d’en haut, convoqua à Tolède les évêques ariens et catholiques de ses Etats. Après plusieurs conférences, auxquelles il assista, le roi, reconnaissant de quel côté était la vérité, se déclara catholique, confessa la Trinité, et reçut l’onction du saint chrême. Les peuples d’Espagne et ceux de la province de Narbonne suivirent son exemple. »

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