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La Bataille des Champs Catalauniques, 451

La défaite du « maître de toute la barbarie » (Jordanès, Getica, XXXIV, 179) face à la coalition des peuples fédérés, des Wisigoths et des Romains

 

             La bataille de Mauriacus dite « des champs Catalauniques » de 451, a été un évènement important de l’Antiquité tardive. Elle opposa d’un côté les Huns dirigés par le légendaire Attila, leurs alliés et les peuples qu’ils avaient soumis, et de l’autre côté les armées impériales romaines commandées par le général Flavius Aétius, les peuples fédérés de l’Empire romain avec notamment les Wisigoths et leur roi ThéodoricNous avons de nombreuses sources qui nous donnent des précisions sur les éléments antérieurs et postérieurs à cette bataille mais c’est Jordanès, dans ses Getica ou Histoire des Goths1, qui nous donne un récit détaillé de cet affrontement.

 Les évènements antérieurs à la bataille

                 Avant la bataille, il y eut des mésententes entre le pouvoir romain et le maître des Huns. En 450, Attila annonça que Justa Gratia Honoria, sœur de Valentinien III, lui avait proposé de l’épouser. Il la demanda alors en mariage, avec sa dot2 mais l’empereur refusa. De nombreux autres litiges existaient déjà entre romains et huns, notamment la crise de succession chez les Francs : en effet à la mort d’un roi franc, ses deux fils s’opposèrent pour savoir lequel allait lui succéder. L’un d’eux fut soutenu par Attila, tandis que l’autre a été adopté par Aétius. De plus, opposé au pouvoir romain et considérant qu’une part de l’Empire lui appartenait dorénavant mais aussi voulant soumettre les wisigoths, Attila prépara une expédition en Gaule. Il réunit une importante armée pour envahir la Gaule3 : peuples soumis par les Huns, surtout germaniques : Ostrogoths, Gépides, Hérules, Ruges, Thuringiens4… et bien évidemment les Huns, avec leurs archers tant redoutés.

Toutefois, le roi hun préparait les guerres bien en amont par la diplomatie5. A Valentinien III, il fit savoir qu’il allait combattre les Wisigoths ; et il fit croire à Théodoric, le roi wisigoth, que son ennemi est l’Empire romain6. Ainsi il pouvait avoir la liberté de combattre les Wisigoths.

Avancés des troupes et menaces hunniques

Avancés des troupes et menaces hunniques

Les Huns, partis de leur territoire au nord du Danube, traversèrent le Rhin au début du printemps 451 et prirent de nombreuses villes sur leur passage7 comme Trêves, Metz8 ou Reims. En ce qui concerne Paris, Sainte Geneviève9 réussit à persuader les habitants de ne pas fuir car Attila ne passerait pas par là10 : en effet, quelque soit le chemin emprunté, l’armée d’Attila doit passer par Orléans pour traverser la Loire et ainsi aller au contact des wisigoths.

                Aétius11, général des armées romaines, demanda le soutien d’autres peuples contre les Huns car il ne possédait pas suffisamment de troupes pour faire front seul. Il rassembla alors une armée composée de nombreux peuples fédérés12. Les Wisigoths, ayant davantage d’hommes en armes, ne voulurent pas rejoindre les Romains13 (ils avaient déjà souvent combattu les années précédentes14). Selon Sidoine Apollinaire, Aetius chargea Avitus15 d’effectuer une médiation avec Théodoric Ier, roi des Wisigoths. Celui-ci accepta alors et partit avec deux de ses fils, Thorismond et Théodoric.

                Attila arriva sur Orléans fin mai 451 et assiégea la ville, alors sous contrôle alain. Selon la majorité des sources, les Huns auraient pris Orléans puis se seraient enfuis16 le 14 Juin17 du fait de l’arrivée des Romains et des Wisigoths18. Ils se seraient repliés vers Troyes où ils firent front à Mauriacus.

La bataille de Mauriacus dite « des champs Catalauniques »

 

LEBEDYNSKY, la campagne d'Atilla en Gaule

LEBEDYNSKY, la campagne d’Atilla en Gaule

La bataille se déroula durant l’été 451, quelques jours après la fuite des huns d’Orléans19. De nombreuses sources20 situent la bataille à Mauriacus, l’appellation « campus Catalaunicus » étant plus tardive. Selon Jordanès, ces « champs Catalauniques » auraient pour dimensions 100 sur 70 lieues gauloises (ce qui correspond environ à 220 sur 150km21). Cette bataille a donc vraisemblablement eu lieu à 7,5 km à l’ouest de Troyes22.

                Jordanès prétend que l’armée d’Attila comptait 500 000 unités23 mais ce nombre paraît invraisemblable et exagéré (il n’y aurait eu que 20 et 30 000 guerriers huns,  soit vingt fois moins). Néanmoins celui-ci écrit que les deux armées étaient constituées d’un nombre assez équivalent de combattants24.

                La bataille débuta l’après midi25 : les Alains se trouvaient entre les armées romaines et wisigothiques, respectivement aux ailes gauches et droites. Quant à l’armée adverse, elle est constituée des Huns au centre ; à leur gauche se trouvent probablement les Ostrogoths et les Gépides et, à leur droite, les autres peuples alliés.

Dans un premier temps, les Huns voulurent s’emparer d’une colline mais ils furent repoussés par Thorismond et Aétius. Puis eurent lieu les affrontements entre tous les guerriers : les Wisigoths s’opposèrent aux Ostrogoths tandis que la cavalerie lourde des Alains combattit les Huns. Les romains s’en prirent aux peuples germaniques alliés d’Attila.

Ce fut un véritable carnage : Jordanès nous décrit un combat horrible, sanglant26, mais également superbe30Le roi des Wisigoths, Théodoric Ier, mourut au cours de la bataille27. Puis, suite à la poussée conjointe des Alains et des Wisigoths, Attila battit en retraite. Une grande confusion régna alors sur le champ de bataille à la nuit tombée29.

                Le lendemain, les Wisigoths et les Romains30 assistèrent à l’étendue du carnage et les Huns restèrent dans leurs retranchements. Jordanès parle de 165 000 morts dans les deux camps. Comme il se base sur 500 000 combattants, on peut noter qu’un tiers des forces en présence a péri durant cette bataille. C’est à ce moment que le corps de Théodoric est découvert : son fils, Thorismond, est désigné comme son successeur.

Le camp dans lequel se trouve Attila est ensuite assiégé. Aétius conseille à Thorismond, selon Jordanès et Grégoire de Tours, de retourner à Toulouse pour y être proclamé roi. Le général romain lève le siège, ce qui permit au roi hun de fuir et de retourner dans son empire, au-delà du Danube.

Les conséquences de cette bataille (451-455)

                En été 452, Attila lance une campagne contre l’Italie. Les Huns assiègent Aquilée31, passent par Milan et ravagent d’autres villes. Le roi des Huns avait pour objectif de prendre Rome mais, à la suite d’une entrevue avec le pape Léon Ier, son armée se retire d’Italie32. Attila meurt en 453, lors de sa nuit de noce avec Ildico33. L’Empire hun s’écroule du fait de la mésentente des fils d’Attila mais aussi de la révolte des peuples vassaux dirigés par le roi des Gépides, Ardaric34. Les huns sont défaits par les anciens vassaux d’Attila à la bataille de Nedao (vers 454-455). Ellac, fils ainé d’Attila, meurt au cours de cette bataille35. Les Huns, à la suite de cela, ne mirent plus en péril l’Occident.

On peut donc considérer cette campagne comme un échec pour les Huns. Les royaumes barbares prennent davantage d’importance du fait de l’effritement de l’Empire romain d’Occident. Les Gépides fondent un royaume indépendant en marge de l’Empire comme d’autres peuples anciens vassaux des Huns. Les Ostrogoths obtiennent la Pannonie. L’armée romaine recrute des mercenaires d’anciens peuples soumis : Alains, Hérules, Skires36.

Les armées romaines étant entrain de défendre l’Italie, les Wisigoths en profitèrent pour gagner des territoires des Alains stationnés près de la Loire.

Chez Jordanès et chez lui seul, Attila aurait fait une seconde campagne en Gaule, après l’expédition de 452 en Italie. Les Wisigoths en furent victorieux mais cet épisode est surement une pure invention.

Notes du document :

  1. voir article « Jordanès, un Goth qui écrit sur les Goths »
  2. Attila demanda «  la part des richesses impériales qui lui revenait » (Jordanès, Getica, XLII, 223) et « que Valentinien devrait lui abandonner la moitié de son Empire » (Priscus, frag. 20, 3 de l’Histoire de Byzance et d’Attila) car les Huns considèrent que la succession se fait par les femmes et Justa Grata Honoria fait partie de la famille théodosienne (sœur de Valentinien III) et avait été même proclamée Augusta en 427.
  3. « Rassemblant en outre la foule des autres nations qu’il tenait alors sous sa coupe, il ambitionnait d’assujettir […] les Romains et les Wisigoths » (Jordanès, Getica, XXXV, 181). Attila s’attacha le service de ces peuples grâce à l’argent des butins et aussi parce qu’il faisait frapper monnaie.
  4. Une partie des Francs, ceux soutenus par les huns, suivent également Attila ainsi que quelques Burgondes et Suèves ou encore selon Sidoine Apollinaire les Skires et les Bastarnes. Attila aurait réuni « la totalité de ses […] forces combattantes » (Priscus, frag. 20.3). Les contingents germaniques sont composés d’une infanterie et d’une cavalerie.
  5. Attila « avant de faire des guerres, combattait par la ruse » (Jordanès, Getica, XXXVI, 186)
  6. Attila « envoya des ambassadeurs en Italie […] pour semer la discorde entre Goths et Romains et pour affaiblir par des querelles internes ces peuples qu’il ne pouvait mettre en échec au combat » (ibidem, XXXVI, 185)
  7. « Nombreuses cités des Gaules » (Grégoire de Tours, Histoire des Francs, II, 7)
  8. « Ravageant le reste du pays ; [les Huns] incendient la ville, passant la population au fil de l’épée. […] Pas un endroit de la ville ne demeure à l’abri de l’incendie » (ibidem, II, 6). La prise de Metz eut lieu le 7 avril.
  9. Dans la Vie de sainte Geneviève (rédigé plus d’un demi siècle après l’évènement), elle pria avec d’autres femmes afin que Dieu protège la ville. Un archidiacre d’Auxerre arriva à Paris et prit la défense de Sainte Geneviève et en effet Attila ne passa pas par Paris.
  10. Même dans la Vie de Sainte Geneviève, il n’y a aucune mention d’un passage de huns à proximité de la ville. Ainsi Attila a prit un autre chemin pour rejoindre Orléans.
  11. « Il était endurant aux fatigues de la guerre et avait une singulière disposition naturelle à servir l’Etat romain, lui qui, au terme d’immenses carnages, avait contraint […] le Franc barbare à obéir à l’Empire de Rome » (Jordanès, Getica, XXXIV, 176). Voici la description que nous en fait Jordanès. Il a vaincu entre autre Burgondes, Francs et Alains entre 437 et 440.
  12. « Francs, Sarmates, Bretons armoricains, Burgondes, […] ainsi que plusieurs autres peuples de Celtique et de Germanie » (ibidem, XXXVI, 191). Les Francs sont les Francs Saliens, ceux que soutiennent les romains dans la crise de succession.
  13. « Aetius […] reçut […] la bouleversante nouvelle que les Goths resteraient dans leur cantonnements pour attendre les Huns » (« Panégyrique d’Avitus », Poèmes, VII, 330-335)
  14. Voir « Bref historique ». Entre 436 et 439, Wisigoths et romains s’opposèrent : « Avec […] des auxiliaires huns, sous le commandement de Litorius, l’armée romaine se porte contre les Goths » (Jordanès, Getica, XXXIV, 177). En effet, peu d’années auparavant, des auxiliaires huns avaient servi aux côtés des romains contre les wisigoths. C’était même Aétius qui avait traité avec les huns.
  15. Avitus (Marcus Maecilius Flavius Eparchius Avitus) avait déjà négocié la paix avec les Wisigoths en 439.
  16. Versions de Sidoine Apollinaire (Lettres, VIII, 15), Grégoire de Tours (Histoire des Francs, II, 7) ou encore La vie de saint Aignan, l’évêque de la ville.
  17. Selon La vie de saint Aignan
  18. Seule la version de Jordanès diffère : « Sangiban, le roi des Alains, […] promet de se livrer à Attila et de faire passer sous son autorité la ville gauloise d’Orléans, où il se tenait alors. […] Théodoric et Aétius […] se rendent maîtres de cette ville […] avant l’arrivée d’Attila » (Jordanès, Getica, XXXVII, 194).
  19. La date du 20 Juin est avancée par de nombreux historiens
  20. Histoire des FrancsLa vie de saint Aignan
  21. (Jordanès, Getica, XXXVI, 192). On sait qu’une lieue gauloise équivaut à 1500 pas (comme il le dit). Or 1 pas est égal à 1,47m d’où 1 lieue gauloise est au moins égal à 2205m. Donc 100 sur 70 lieues nous donnent environ des dimensions de 220 sur 150 km.
  22.  « Une pente et une colline y culminait » (ibidem, XXXVIII, 197) et un ruisseau y passait (ibidem, XL, 208). Cette seule description correspond à de nombreux sites possibles. Certains ont avancé le site de Moirey à Dierry-Saint-Julien, un peu plus loin à l’ouest. Selon Prosper le lieu à privilégier est bien celui à 7,5 km de Troyes (« au cinquième milliaire de Troyes » or 1 mille est égal à 1,48km soit 5 milles correspondent à 7,40km). De plus, on a la mention de Montgueux venant de Mons Gothorum ce qui signifie mont ou colline des Goths (cf carte ci-dessus).
  23. Jordanès, Getica, XXXV, 182
  24. « Ce n’était pas en situation d’infériorité, qu’ [Aetius] s’avançait contre une foule innombrable d’ennemis redoutables » (ibidem, XXXVI, 191).
  25. Attila « attend avec fébrilité environ la neuvième heure pour engager le combat » (ibidem, XXXVII, 196).
  26. « On se bat au corps à corps : guerre pleine d’horreur, de rebondissements, d’inhumanité, d’acharnement, comparable à aucune, ou que ce soit, de celles que narre l’Antiquité. […] En effet, […] un ruisselet baignait de son modeste cours le champ de bataille […]. Il fut alimenté par le sang qui coulait en abondance des blessures de ceux qui avaient été tués. […] grossi par du sang humain, il se mua en torrent. Ceux qu’une blessure reçue conduisit là-bas pour étancher une soif ardente puisèrent à des flots mêlés de mort. Ainsi, contraints par une pitoyable nécessité, ils se désaltéraient en buvant le sang que, blessés, ils avaient versé » (ibidem, XL, 207-208)
  27. « On y assista […] à de tels exploits que celui qui aurait été privé de ce spectacle prodigieux n’aurait pu, de sa vie, rien contempler de plus extraordinaire » (ibidem, XL, 207). On a véritablement un caractère héroïque avec ces deux dernières citations.
  28. Ce serait Andagis, un ostrogoth, qui l’aurait tué. Celui-ci est probablement l’une des sources principales de Jordanès. En effet, l’auteur des Getica fut le notaire du fils d’Andagis, Gunthigis ou Baza (ibidem, L, 265).
  29. Jordanès nous dit que Thorismond est blessé, que la bataille continua même durant la nuit et qu’Aétius a éprouvé des difficultés à retrouver le camp dans la confusion (ibidem, XL, 210-212)
  30. Ils « virent que la plaine était couverte de cadavres et que les Huns n’osaient pas tenter la sortie, ils jugèrent que la victoire était à eux, sachant ainsi qu’Attila n’aurait pas fui le combat sans avoir essuyé une grande défaite » (ibidem, XL, 212)
  31. Attila « tourna […] son armée contre les romains pour les anéantir. Au début de son attaque, il assiège la ville d’Aquilée  » (ibidem, XLII, 219). On a la description de cette bataille : « Des engins sont construits, toutes sortes de machines de guerre sont utilisées et, sans tarder, ils investissent la cité, la dépouillent, la taillent en pièces et la ravagent inexorablement. Ils la laissèrent dans un état tel que c’est à peine s’il en affleurait encore des ruines » (ibidem, XLII, 221).
  32. « Le pape Léon en personne vient le trouver […] Bientôt, Attila, […] retourna d’où il était venu et s’en alla de nouveau au-delà du Danube » (ibidem, XLII, 223)
  33. Ibidem, XLIX, 254. Attila, selon Jordanès, se préparait à attaquer l’Empire romain d’Orient.
  34. Ibidem, L, 261.
  35. Ibidem, L, 262. C’est encore Jordanès la principale source qui nous décrit une seule défaite des huns mais il se peut qu’il y en ait eu plusieurs.
  36. Odoacre, par exemple, est le fils d’Edeco, roi des Skires.

 

Bibliographie :

  • BOZOKY Edina, Attila et les Huns, vérités et légendes, Paris, Perrin, 2012.
  • ESCHER Katalin et LEBEDYNSKY Iaroslav, Le dossier Attila, Arles, Actes Sud, 2007, « Errance »
  • JORDANES, Getica ou Histoire des Goths, Paris, Les belles lettres, 1995, « La roue à livres » (source).
  • LEBEDYNSKY Iaroslav, La campagne d’Attila en Gaule, 451 apr. J.-C., Clermont-Ferrand, Les Editions Maison (LEMME edit), 2011, « illustoria ».
  • LEBEDYNSKY Iaroslav, Armes et guerriers barbares au temps des grandes invasions (IVe au Vie siècle apr. J.-C.), Paris, Errance, 2001, « Hespérides ».
  • NIEL Jean-Camille, 451, Attila dans les Gaules – la bataille de Troyes, Troyes, 1951 (seulement pour l’image des alentours de Troyes, reprise dans l’ouvrage de LEBEDYNSKY Iaroslav, la campagne d’Attila en Gaule, 451. Apr. J.-C.).
  • ROUCHE Michel, Attila, la violence nomade, Paris, Fayard, 2009.

 

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